JORF · 05 Nov 2026 · 10 vistas
Le Haut Conseil des finances publiques juge la croissance 2026 difficilement atteignable
Por FactBox Admin

Le Haut Conseil des finances publiques juge « difficilement atteignable » la prévision de croissance de +0,5 % retenue par le Gouvernement pour 2026 et estime qu’une progression de 0,3 % serait « plus vraisemblable ». Cet avertissement figure dans l’avis n° HCFP-2026-6 du 2 novembre 2026, rendu sur le projet de loi de finances de fin de gestion (PLFG) pour 2026 et publié au JORF n°0259 du 5 novembre 2026 sous le NOR HCFX2629262V.
Une saisine tardive sur un scénario inchangé
Le Haut Conseil a été saisi par le Gouvernement le 27 octobre 2026, en application de l’article 61-V de la loi organique n° 2001-692 du 1er août 2001 relative aux lois de finances, et regrette que le délai de remise de son avis ait été « réduit à six jours », alors que la pratique est de l’aligner sur les sept jours applicables aux principaux textes financiers.
Le scénario macroéconomique du PLFG est identique à celui du projet de loi de finances (PLF) et du projet de loi de financement de la sécurité sociale (PLFSS) pour 2027, sur lesquels le Haut Conseil avait rendu un avis le 25 septembre (HCFP-2026-5) en qualifiant ces prévisions de plausibles. Il constate que les aléas « se sont renforcés depuis dans un sens défavorable ».
La croissance ne correspond plus à une prévision centrale
Selon l’INSEE, la première estimation des comptes du troisième trimestre 2026, publiée le 30 octobre, fait état d’un repli de l’activité de 0,1 %, portant à 0,2 % l’acquis de croissance annuelle. Les instituts de conjoncture tablaient déjà, en octobre, sur 0,4 %, contre 0,5 % pour le Gouvernement, qui retenait encore 1,0 % en loi de finances initiale.
Les composantes du scénario sont également mises à mal :
- l’investissement privé recule continûment depuis la fin 2025, rendant la prévision gouvernementale « quasi-inatteignable » hors révision du passé ;
- l’acquis de consommation à fin septembre n’est que de 0,3 %, contre 0,4 % prévu ;
- les exportations ont reculé au troisième trimestre, malgré un rebond attendu de livraisons navales et aéronautiques.
Le Haut Conseil relève aussi que les hypothèses de prix de l’énergie et de taux n’ont pas été actualisées : le baril de Brent avoisine 115 dollars fin octobre contre un repli graduel vers 90 dollars anticipé, le gaz s’établit près de 100 €/MWh contre une hypothèse sous 70 €, et le taux des obligations à dix ans atteint environ 4,9 % contre 4,2 % attendu.
Un déficit fragilisé, une inflation sous-estimée
La prévision d’inflation de 2,1 % en moyenne annuelle pour 2026 est jugée « désormais trop basse, d’un ou deux dixièmes », alors que la hausse des prix a dépassé 3,0 % en septembre et octobre, à 3,4 % en glissement annuel selon l’estimation préliminaire du 30 octobre.
Côté finances publiques, le solde public est maintenu à −5,4 points de PIB, soit −166,0 Md€, mais dégradé de 1,1 Md€ en montant par rapport au PLF 2027. Le surcroît d’intérêts sur les obligations indexées, sous-estimé d’environ 0,7 Md€, porterait mécaniquement la prévision à −5,5 points de PIB. Le déficit resterait supérieur de 0,4 point de PIB à celui inscrit en loi de finances initiale, sous l’effet d’un manque à gagner de recettes et d’un surcroît de dépense de près de 8 Md€, notamment de charge d’intérêts et de prestations chômage. La dette publique progresserait de 3,7 points de PIB, à 119,4 points.
Dépenses nettes et engagements européens
Le Gouvernement prévoit un dépassement du plafond d’évolution des dépenses nettes, à +1,4 % contre 1,2 % recommandé par le Conseil de l’Union européenne en janvier 2025, soit 0,2 point au-dessus et 2,7 Md€ de plus qu’en loi de finances initiale. Le Haut Conseil rappelle que ces dépenses « sont pilotables et peu exposées aux chocs conjoncturels ».
La prévision de prélèvements obligatoires, à 1 338,3 Md€, reste en revanche jugée « dans l’ensemble plausible », sous réserve du rendement incertain des mesures nouvelles, évalué à 14,2 Md€, dont le prélèvement de 1,9 Md€ sur l’excédent de la Caisse nationale des industries électriques et gazières (CNIEG), conditionné à l’adoption du PLFSS pour 2027 avant le 31 décembre.
L’avis précise enfin que la Présidente du Haut Conseil s’est déportée et n’a pas pris part à son élaboration, au regard des fonctions qu’elle a exercées comme ministre de l’action et des comptes publics jusqu’au 22 février 2026.
Une alerte qui pèse sur l’ensemble du budget 2027
Le Haut Conseil souligne que le caractère désormais daté du scénario du second semestre 2026 a « nécessairement des conséquences » sur les hypothèses retenues pour 2027 dans les projets de lois de finances et de financement de la sécurité sociale, sur lesquelles il avait déjà émis des réserves. Pour les lecteurs, l’avertissement porte au-delà de l’exercice en cours : la crédibilité de la trajectoire de retour du déficit sous 3 % du PIB en 2029, et donc la soutenabilité de la dette, reposent sur une croissance que l’organe de contrôle indépendant considère aujourd’hui comme surestimée.
Source : Journal officiel de la République française, JORF n°0259 du 5 novembre 2026, avis n° HCFP-2026-6 du 2 novembre 2026, NOR HCFX2629262V.